La vie de Léon Hamonet

Léon Hamonet, ou "le sorcier de la côte d’Émeraude" ainsi que l’avait surnommé la journaliste et romancière Marie-Panic Salonne dans un article cité dans Ouest-France du 12 avril 1941 en raison de son talent à rendre les tons de mauve des bruyères des falaises d’Erquy, est né en Bretagne à Erquy dans les côtes d’Armor en 1877 au lieu-dit: « La Ville-Bourse »; son père était capitaine à Bordeaux et s’embarquait de Dahoüet de la cale dite aujourd’hui la cale Hamonet.           

Il a une sœur, Élise, mère de l’artiste peintre Yvette L’Héritier décédée en 2004 à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans, et deux frères: Georges, médecin ORL, et Henri qui, à vingt ans, meurt en mer. Quand il a quinze ans, sa famille vient habiter Bordeaux où il va suivre des cours de dessin; à l’âge de dix-huit ans, il s’inscrit aux Beaux-Arts de cette même ville. En 1903, il part travailler comme employé aux écritures dans la Société des sècheries de Port-de-Bouc à Saint-Pierre-et-Miquelon; il existe un tableau de cette période qui représente le séchage de la morue. Il y restera un an. 

En 1909, il se fixe à Erquy, le coin qu’il refusera de quitter par la suite. En juin 1910, il épouse Anna L’Hévéder, fille d’un notaire de Ploumilliau et ils auront deux enfants, Henry et Suzanne. Il passe une année à Pau en 1928 pour accompagner son fils Henry souffrant de troubles respiratoires.

           Dans cette ville, il peindra le château, les jardins et les crêtes enneigées des Pyrénées avec force, précision et délicatesse. De retour en Bretagne, pendant trente ans il peindra avec bonheur et talent la côte, de Dahouët au mont Saint-Michel, circulant toujours à bicyclette avec son chevalet, parfois accompagné de son petit fils, Georges.

           Dans une correspondance à sa fille, Suzanne, il écrit en 1926: « J'essaie de faire quelques vues d’hiver mais, grand Dieu, il ne fait pas chaud assis sur un pliant. »

        Il exposera dans de nombreuses galeries et plus particulièrement à Saint-Brieuc, notamment à la Galerie Gaudu. Les articles de presse de l’époque sont nombreux et élogieux: Ar Gaztenner, journaliste à Ouest-France écrit dans ce journal du 12 avril 1941 : « C’est une des plus belles parties de notre captivante, capricieuse, pittoresque et énigmatique Bretagne que l’on se plaît à voir vibrer sous son pinceau de magicien. »

Ses peintures, aquarelles ou huiles sont très colorées, très nettes dans leur exécution. Il révèle la beauté des paysages de campagne (petites bottes de foin, poules dans un champ, souvent accompagnés de petits personnages témoins de leur époque), mais plus souvent, il peint la mer avec une voile ou un vol de mouettes, les plages et les rochers qu’il observe par tous les temps, en toutes saisons et à toutes les heures du jour, ce qui explique la richesse des éclairages de ses tableaux.

C’est aussi un grand portraitiste: il peint sa famille, ses enfants, et réalise plusieurs autoportraits à des âges différents, mais il n’existe qu’un seul tableau représentant sa femme, alors sa fiancée, peinte sur une falaise du cap d’Erquy.

Il s’essaie également au pastel, notamment pour des commandes de portraits de la part de quelques familles amies ou de passage à son l’atelier où il donnait également des cours de peinture. Il se rendra à Dinan où il résidera une année. Il y peindra et exposera de nombreux tableaux, inspiré par les vieilles rues de cette cité médiévale. Son œuvre est immense et variée (voir, ci-joint, une liste des œuvres vendues en 1928).

       Hamonet est aussi un grand humoriste, un observateur plein de finesse qui s’amuse à « croquer » et caricaturer des personnages de son entourage: un frère, « Quat-Bras », un de ses professeurs ou une paysanne se rendant au marché avec son panier, comme en témoignent les très riches « petits carnets qu’il a laissés.

           Il écrivait régulièrement à ses enfants pensionnaires à Saint-Brieuc et leur racontait la vie du village et de leur famille à l’aide de petits dessins, souvent drôles, qui sont un peu des ancêtres de la bande dessinée.

             Pendant cinquante ans, il vivra modestement de sa peinture, scrutant pour les peindre, jusqu’à ses derniers instants, les mouettes dans un ciel tourmenté ou paisible.

          Il meurt à l’âge de soixante-seize ans en février 1953, à Rennes, chez son fils Henry et sa belle-fille, se plaignant de l’absence de mouettes « ici ». Il est enterré au cimetière marin d’Erquy où il repose aujourd’hui.

            Il a eu cinq petits-enfants et douze arrière-petits-enfants. L’une de ses petites filles, Marie-Annick, auteure de cet ouvrage, vécut dans son atelier à la Ville-Bourse à Erquy. Elle créa en 2004 l’Association des amis du peintre Léon Hamonet, qu’elle présida jusqu’en 2008. Depuis août 2009, l’un de ses neuf arrière-petits-enfants, Henri Savidan, préside l’Association.

 

          Jean Raspail et Edmond Hervé, ami de la famille et admirateur du peintre, acceptèrent d’en être membre d’honneur.